Coronavirus : Réunion des chercheurs engagés, déclaration du Professeur Delfraissy

-J.-F. Delfraissy : Bien, bonjour à tous. Jean-Pierre Delfraissy, je suis président du Comité national d'éthique et le président du Conseil scientifique de REACTing, la structure qui coordonne la recherche sur les situations de crise sanitaire. Et donc, nous avons eu une réunion avec le président de la République avec une série de scientifiques français impliqués dans la recherche sur Covid-2019 allant des sciences très fondamentales à des aspects plus cliniques de prise en charge et/ou de sciences humaines et sociales sur le retentissement sociétal et les questions qui peuvent se poser au sein de la population. On a abordé ça avec 4 grands points successifs, enfin, sur lesquels un certain nombre de scientifiques ont présenté des données au président, et puis, ensuite, avec un jeu un peu de ping-pong et de questionnements qui pouvaient être réalisés. Alors, le 1er point était autour de... non pas pour refaire l'historique, mais, au contraire, pour dire où on en est là, maintenant, et, surtout, quelle est la prochaine étape compte tenu de l'évolution de l'épidémie et du passage probable en phase 3 dans les jours qui viennent même si on essaie de le retarder le plus possible. Donc, quel enj... Où allons-nous en termes d'épidémiologie ? Quel va être, en dehors du passage en phase 3, comme je l'ai indiqué, qu'est-ce qu'on prévoit pour les semaines qui viennent ? Hein ? Et vous savez qu'il y a une discussion encore, et, finalement, c'est un point essentiel, quelle est la mortalité dans un pays avec un système de soins aussi évolué que le modèle français ? Est-ce qu'il est inférieur à 1%? Est-ce qu'il tend vers se rapprocher de celui de la grippe, autour de 1 pour 1 000 ? Et c'est une question essentielle pour, finalement, l'organisation des systèmes de soins ? On a eu également une discussion, toujours dans ce même chapitre, autour des nouveaux outils de diagnostic qui reposent, vous le savez, sur l'identification du virus par des techniques de biologie moléculaire et qui sont en train de s'affiner. Les laboratoires sont en train de produire un certain nombre de tests, je dirais, au niveau international. Et puis, on aura peut-être à moyen terme des tests permettant de dépister les personnes qui ont été infectées, c'est-à-dire que, si on ne dépiste plus toutes celles par les techniques de biologie moléculaire, qu'on soit capables, au sein d'une population, en recherchant les anticorps, comme n'importe quelle maladie infectieuse, eh bien, de dépister les personnes qui ont été infectées. Le 2e point a été la discussion autour de plutôt des sciences fondamentales, de la virologie fondamentale parce que l'idée est de quand même, tant qu'il faut répondre à cette crise, il faut aussi continuer à investir sur des aspects plus au niveau de long terme, de moyen et de long terme et que c'est probablement cette crise qui doit nous obliger aussi à réfléchir sur les enjeux de la recherche à avoir une vision de plus long terme. Donc, on a évoqué en particulier des questions, hein, mais dont nous n'avons pas la réponse encore, quelle est l'interaction entre le virus et l'hôte ? Qu'est-ce que veut dire un patient qui a guéri ? Est-il protégé contre une nouvelle infection ? Est-ce qu'à partir de ses anticorps, on peut dépister ? Et est-ce qu'on a des 1ers éléments pour évoquer des anticorps protecteurs, et donc la construction possible d'un vaccin ? Et puis, aussi, sur des aspects très fondamentaux de recherche de candidats-médicaments. Le 3e point a été autour de la recherche clinique. Quels sont les essais thérapeutiques qui vont être mis en place ? Avec l'OMS, au niveau international, la collaboration avec différents produits. On a discuté de façon très claire même si nous n'étions pas tous d'accord entre nous sur les aspects de chloroquine, sur les aspects des nouveaux médicaments autour des différents produits qui existent et vous savez qu'un essai thérapeutique doit débuter probablement en France avec 4 bras dans la fin de la semaine prochaine ou, en tout cas, dans les 15 jours qui viennent pour les patients atteints de pneumopathie. On a une grande cohorte nationale de l'ensemble du suivi de ces patients et on a une collaboration internationale qui est très forte et une série, aussi, de laboratoires qui travaillent en France sur de vieilles molécules qui servent à autre chose, qui étaient prévues pour autre chose que le coronavirus, mais qui peuvent, pour des raisons diverses, avoir aussi une activité contre ce virus. Et puis, enfin, la 4e partie, peut-être, d'ailleurs, la... enfin, une partie essentielle, sinon la plus importante, c'est, finalement, quels enjeux on a du passage à la phase 3 ? Est-ce que le système soins est prêt ? Et la dissociation qu'il y aura à ce moment-là entre le système hospitalier, la médecine de ville, la prise en charge des patients qu'on va externaliser le plus. La prise en charge des patients les plus lourds, qui sont les patients âgés, les patients les plus graves dans le modèle hospitalier. Est-ce que ce système hospitalier français depuis plusieurs mois, est-il prêt à encaisser ce choc que va être un certain nombre de malades graves ? On a eu des éléments pour, mais aussi les éléments qui posent questionnement encore aux équipes hospitalières. Et puis, on a eu une discussion également sur les enjeux sociétaux, la perception de la société. Il y a eu jusqu'à maintenant, et c'est à peu près reconnu dans les sondages, un climat de confiance qui s'est installé, on a nos citoyens qui sont, finalement, pas tellement inquiets, qui le sont, mais qui perçoivent encore une forme de confiance. Jusqu'où peut-on la conserver ? La transparence, bien sûr, mais avec une série de questionnements qui va arriver quand la phase 3 sera là. Et puis, les enjeux éthiques, et vous savez que le Conseil national d'éthique a été interpellé, entre guillemets, par le ministre de la Santé pour rendre un avis sur les enjeux éthiques posés par cette crise sanitaire. Alors, quelques conclusions du président autour de différents points. D'abord, il a posé une série de questions, qu'est-ce qui manque aux équipes de recherche ? Est-ce que c'est uniquement du financement ? On rappelle qu'il y a plus de 8 millions d'euros qui ont été débloqués pour les aspects de recherche. Est-ce que c'est les moyens humains ? Donc, une solution assez simple là-dessus. Et puis, aussi, de ne pas oublier les recherches en sciences humaines et sociales, qui sont fondamentales sur l'acceptabilité. Et, enfin, de profiter de cette crise pour mieux rebondir aussi sur certains aspects de recherche et d'organisation des soins parce que, finalement, cette crise est une forme de crash test, entre guillemets, pour le système de soins, et d'analyser comment il va pouvoir tenir le choc et, aussi, des leçons à tirer pour la suite. Voilà. Voilà un court long résumé de ces 2h30 de discussions. Il a été également admis qu'il y aurait le même type de réunion avec la communauté scientifique dans environ 6 semaines. (Questions inaudibles) (...) Pardon ? J'ai pas entendu. -Ce fameux stade 3... -J.-F. Delfraissy : Oui. (Question inaudible) Ecoutez, non, on n'a pas discuté de ça dans le détail. Disons qu'on est tous persuadés qu'on va arriver au stade 3 en France, qu'on essaye de gagner du temps parce que ça permet à la fois de circonscrire, ben, les zones, déjà, les plus touchées, d'une part, et, deuxièmement, ça permet aussi, peut-être, de mieux se préparer pour cette phase 3. Disons qu'on est de l'ordre de quelques jours ou d'une ou 2 semaines maximum. -Sur quels aspects il a été dit que le système de soins n'était pas prêt pour cette phase 3 ? -J.-F. Delfraissy : Non, c'est plutôt que certains cliniciens qui étaient présents ont évoqué une série de difficultés qu'ils pouvaient avoir sur, eh bien, récupérer un certain nombre de matériel, à motiver l'ensemble des équipes, et on sait bien que c'est difficile. On n'a pas d'inquiétudes véritables du système hospitalier à répondre en situation de crise, on sait que les soignants sont toujours présents, mais la question posée n'est pas qu'ils vont mal répondre maintenant, mais c'est surtout si on s'inscrit dans la durabilité, et je vous l'ai pas évoqué tout à l'heure, on est autour de la table pour penser que nous rentrerions, quand on rentrerait en phase 3, dans quelque chose de durable. Et donc, la capacité d'un système à être mis, je dirais, en tension pour une période longue. -M. le président vous a annoncé des moyens supplémentaires ? -J.-F. Delfraissy : C'est ce que je vous ai annoncé, autour des à peu près, en le résumant simplement, des 8 millions d'euros pour la recherche, hein. Et, immédiatement, et suivis, éventuellement, en fonction des besoins, d'un certain nombre de moyens humains pour activer autour de la recherche. Il y avait également présents des membres de l'industrie pharmaceutique et il y a un certain nombre de laboratoires qui ont des molécules qui pourraient, peut-être, avoir une activité et qu'on va combiner dans l'essai thérapeutique dont je vous parlais tout à l'heure. -On pourrait imaginer un vaccin ? -J.-F. Delfraissy : On a évoqué le vaccin, mais, pour être clair, il faut qu'il y ait une recherche sur le vaccin qui se mette en place. Il n'y aura pas de données sur le vaccin avant de très nombreux mois. Nous n'aurons pas de vaccin tout de suite contre le coronavirus. -Quelles sont les molécules qui devraient été testées ? -J.-F. Delfraissy : Ecoutez, il y aura... Ca serait un essai mené... C'est forcément un essai international. La collaboration internationale au niveau européen est fondamentale à ce stade. Elle se fait, elle est pilotée par REACTing et par le professeur Yazdan Yazdanpanah. Elle se fait en collaboration avec l'OMS. Ce serait un essai de 4 bras et comparant à un groupe contrôle qui est parfaitement justifié sur le plan éthique compte tenu qu'on n'a aucune donnée. Et puis, le produit de Gilead, le produit qui a une activité contre le VIH, et, peut-être, une combinaison associée. Donc, on aurait un essai de 4 bras mené à la fois en France et dans d'autres pays européens et qui, compte tenu de l'épidémie telle qu'elle est là, permettra de recruter relativement rapidement ce type de patients. -Le produit du laboratoire VirPath à Lyon, est-ce qu'il a été évoqué ? -J.-F. Delfraissy : On n'a pas tout évoqué. On a évoqué la capacité d'un certain nombre de laboratoires et/ou de laboratoires académiques, comme je vous l'ai indiqué, à récupérer un certain nombre de molécules déjà existantes pour les tester d'abord in vitro, ensuite chez l'animal vis-à-vis du corona. -Merci. -J.-F. Delfraissy : Merci beaucoup.